Exposition :
 

JULIAN FARADE

"UNE PLAGE EST UNE PLAGE"

 

Une plage. Le nom est l’idée, l’idée est l’image, l’image est la chose, la chose porte un nom. Une plage est une plage. Et pourtant, une plage est une émotion, une plage est le souvenir d’une émotion. Les œuvres de Julian Farade sont aussi des plages où des émotions retrouvent des couleurs, regagnent des formes, essayent des silhouettes. C’est un peu comme un bal masqué, chacun-chacune sort avec une trompe sur le nez, des lunettes de serpent, des becs d’oiseau, des oreilles de fennec, une queue de poisson. Puis, tout s’ordonne. Le numéro de pantomime va planter des natures mortes de passions dans une série de tableaux vivants. Plus rien ne bouge. Des situations d’un monde flottant, immatériel, s’étalent sur l’atmosphère unie du fond de scène. 

Sur cette plage-ci, une fête d’où s’élèvent des voix. La plage est comme la grande bouche ouverte de la nuit. La bouche est rose. Rose des lumignons. Rose des feux, rose des terres. Rose boudin, rose câlin. Du rose est du rose. La nuit, elle, est noire comme les entrailles de la nuit. Dans les reflets de l’eau bigarrée, la mangrove s’anime. Les ombres deviennent racines, et en racinant deviennent crocodile, et en crocodilant deviennent des vers, des vers d’Aimé Césaire, des vers appris par cœur, et les vers en versant prennent ces airs spiritueux de soirée antillaise. La Mémoire en prend, elle, de ces airs, et des spiritueux, mais surtout des airs d’être absente, un peu dans la Lune. Là, Mémé prend la pose, se baigne. Juste un pied, un pouce, un doigt. Juste un doigt. Une mèche, un chouia. 

Un méchoui, grand, lui, a beau faire, il se poursuit théâtral sous ses yeux tandis que Mémé s’arrose, un peu pâle, mais très rose. Là-bas ça se passe. On cause et on danse, on fait de grands gestes. Un admoniteur quelconque l’invite à se joindre. Se joindre ? Il faudrait refaire son entrée en scène, tout à petits pas. La Mémé a déjà oublié ce qu’elle faisait là, oublié les raisons de cette fête. Pourquoi est-ce, ces brochettes et tous ces bacchants ? Pourquoi cette esse ? Est-ce une noce ? Est-ce une kermesse, un festin ? Oubliée aussi la recette du boudin. Peut-être qu’elle n’a jamais su. Côté boucan, pas de fait disert. Pas de hasard. 

Les souvenirs se tortillent comme un lézard sous sa main qui voulait s’en saisir. Et là, ils se mettent à se battre avec le ressac et le sang dans ses tempes, et le tempo des vagues, les souvenirs : très doucement. La Mémoire éméchée, la mer la dévore par l’entame. Dans la mangrove qu’elle regarde se forment des créatures toutes pleines de lignes et toutes ligneuses, pleines de couleurs et limoneuses qui lui rejouent des airs de tam-tam qui crépitent.

Texte de Marilou Thiébault

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Julien Farade / Podgorny Robinson
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Julian Farade / Podgorny Robinson Gallery
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